La presse française pactise avec Google

Google pactiseDepuis le 1er février 2013, un accord entre Google et les patrons de presse française est signé.

Au commencement de cette affaire, la presse accuse les moteurs de recherche d’utiliser leurs contenus.

Pour les éditeurs de presse, il s’agit d’un pillage en bonne et due forme de leur travail et en l’occurrence une violation manifeste des droits d’auteurs. Les patrons de presse* ont donc demandé un projet de loi en septembre 2012, prévoyant la rétribution des droits voisins, sorte de prolongation des droits d’auteur.

Google avait alors adressé au gouvernement français une lettre ou plutôt un avertissement. S’il devait payer une taxe similaire à des droits d’auteur, le géant du net menaçait ouvertement de ne plus référencer les médias français ! Le Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, s’étant dite « surprise du ton de cette correspondance s’apparentant à une menace ». Et de continuer en rappelant « ce n’est pas avec des menaces qu’on traite avec un gouvernement démocratiquement élu ».

La perspective d’un affrontement ouvert, a probablement découragé les patrons de presse à demander une loi. Google pouvant faire disparaître de la toile la presse française en un simple clic.

En mai 2011, il faut se souvenir, que la justice belge avait demandé à Google de retirer tous les articles et photos des éditeurs de presse quotidienne belges, au prétexte que ces médias n’avaient pas donné l’autorisation d’utiliser leur contenu. Google était mis sous astreinte de payer 25 000 € par jour de retard. La réaction de la firme de Mountain View ne s’est pas fait attendre. En quelques clics, Google avait désindexé l’intégralité des sites de presse, faisant perdre une audience considérable aux journaux ! Face à ce nouveau scandale, le moteur de recherche a finalement rapatrié les contenus mais sans verser le moindre centime.

Fort de cette leçon, et sous la menace clairement énoncée de Google, les éditeurs de presse français ont préféré un accord à toute autre forme de conflit. La question des droits d’auteur est désormais bien rangée au fond du tiroir.

Pourtant, la loi française a déjà pu imposer un partage des gains et/ou une rémunération au « clic », comme cela est le cas désormais pour Youtube (propriété de Google). Du reste, François Hollande a brandi officiellement la menace d’une nouvelle loi pour faire aboutir l’accord plus vite qu’il n’aurait dû. Résultat : Google échappe à une redevance qui lui aurait coûté bien plus que les 60 millions prévus par l’accord.

En réalité, les recettes publicitaires auparavant captées par le presse et désormais partis chez Google sont colossales. La somme est estimée à près de 1 milliard sur 10 ans toujours selon la presse. 60 millions, c’est donc exactement 6% du butin que Google concède.

Ajoutons que la presse n’hérite pas d’une enveloppe dont elle peut disposer librement, mais d’un fonds qui sera distillé sous forme de contributions. A savoir :

1 – « des accords commerciaux avec les éditeurs pour les aider à tirer le meilleur parti d’internet et accroître leurs revenus en ligne, au moyen de solutions publicitaires », via les plateformes spécialisées de Google : AdSense, AdMob et AdExchanges.

2 – mise en place d’un fonds pour l’innovation dans la presse numérique, doté de 60 millions d’euros, réparti sur trois ans, afin d’encourager et de stimuler l’innovation numérique dans les médias. Le Conseil d’administration du fonds sera composé de représentants de Google, des éditeurs et de personnalités indépendantes.

Rappelons : l’état français avait mis, en novembre 2009, à disposition des éditeurs de presse un fonds de plusieurs dizaines de millions d’euros pour l’innovation numérique. Les subventions pouvant même être distribuées sous forme d’avance. Les projets peu nombreux n’ont pas suffi à assécher le budget mis à disposition. Conservatisme ?  Problème de modèle économique ? Cette formule n’a pas rencontré le succès attendu.

Par conséquent, on comprend mieux pourquoi la presse étrangère (italienne, suisse et anglo-américaine en premières lignes) affiche haut et fort leur perplexité à la lecture de cet accord, qualifié de « défaite culturelle », ou encore de grand « Waterloo »…

Mais il y a urgence. Les Groupes de presse frappés de plein fouet par la crise du support papier doivent trouver à la fois des rentrées d’argent et de nouvelles ressources pour se redéployer. Le succès de ce repositionnement dépend aussi des acteurs clés du projet. Le géant du net que représente Google est un partenaire incontournable de cette stratégie. Espérons que l’accord conclu en soit le terreau, malgré ses allures d’« Entente cordiale ».

* Plus précisément l’IPG (presse d’information politique et générale).

J’ai suivi des études de lettres, puis d’édition. Aujourd’hui je vends des livres pour un grand groupe d’édition. En parallèle, je prépare un MBA e-business à l’école MBAESG pour me préparer aux mutations que va inéluctablement connaître mon secteur d’activité dans les mois, les années à venir.

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